Biodiversité humaine

L’autisme, un variant génétique


La vaste terminologie sur l’autisme fait état d’anciennes connaissances, désormais dépassées. Ainsi, l’autisme n’est pas un « trouble neurodéveloppemental » tout comme il n’est pas une maladie non plus. Tout d’abord parce que ça ne se joue pas au stade du développement : le cerveau autistique est entièrement différent dès avant la naissance (et donc se développe aussi différemment). Ensuite ce n’est pas un trouble mais un variant génétique comme l’a expliqué Laurent Mottron.
Cela renvoie au terme de « Biodiversité humaine », comme le désigne Josef Schovanec.
Ainsi, considérer l’autisme comme « trouble neurodeveloppemental » signifie ne pas avoir les informations actualisées en matière d’autisme. Il est important de se référer aux travaux récents d’équipes pluridisciplinaires composées également de personnes autistes.
Le fait que l’autisme soit un variant génétique, cela prouve justement qu’on est dans la Biodiversité humaine. Tout cela est officiel et fait partie des données actuelles de la science. Le DSM V n’est donc pas actualisé, mais il faut savoir que le DSM V ne remplace pas les compétences, expérience et la pratique du professionnel qui sera amené, par exemple, à poser le diagnostic d’autisme et qui se tient au courant de l’évolution des connaissances en matière d’autisme. Le DSM V n’est là que pour donner des pistes afin d’avoir une cohérence dans les diagnostics, mais le classement de l’autisme dans un manuel sur les troubles mentaux fait de plus en plus débat, à juste titre.

Ainsi, l’autisme n’est pas un trouble mais une condition. Donc on ne peut pas le modifier. On ne peut qu’accompagner, aider, encourager, apprendre. Mais pas tenter de nous changer. Tout comme on ne tente pas de modifier la neurotypie.
Une précision – Le terme « Neurodiversité » fait actuellement débat en ce sens qu’il est devenu un moyen de véhiculer des idéologies qui s’éloignent de mon esprit scientifique et ne sont pas classables ni au niveau scientifique ni au niveau juridique. Ce qui fait débat? Le fait que le terme « Neurodiversité » désigne autant la biodiversité humaine (donc diverses formes d’être humain au niveau de leur génétique) que les maladies mentales neurologiques, y compris celles dégénératives. Cet amalgame ne peut que nuire à l’autisme, du moment qu’en France la Loi le considère – et ce depuis 1995 – non pas comme une maladie mentale ou un trouble mais comme un handicap.
La notion de Biodiversité humaine permet de ne pas y voir que un handicap mais aussi une richesse concernant l’ensemble des caractéristiques de l’autisme (et toute autre forme d’être humain) qui en font un tout.
Enfin, je m’éloigne volontairement de tout ce qui serait une idéologie sur tout type de condition génétique, car cela ne ferait que ramener à la notion de ce qu’est une personne « normale » ou ce qu’est une personne pouvant être acceptée par la société. On ne peut que garder à l’esprit que ce sont ces types de dérives qui ont nourri le nazisme et en tout état de cause feraient une sélection des personnes pouvant être acceptées comme « neurodiverses » ou non, au gré des idéologies. Ainsi, un comportement déviant pourrait être tantôt classé comme faisant partie de la « Neurodiversité » et un comportement « normal » pour une condition génétique donnée mais jugé comme déviant serait mis au ban de la « Neurodiversité ». Le terme est d’autant plus inapproprié qu’il n’est en général pas utilisé par les professionnels de l’autisme, mais par un courant de personnes qui ne sont pas majoritaires. Et comme tout courant, cela peut devenir vite sectaire. L’autisme n’a pas besoin d’idéologies, il y a besoin juste de le comprendre, de comprendre le fonctionnement pour en saisir sa logique. Ceci étant dit, on peut trouver des livres évoquant le terme « Neurodiversité » qui sont juste une sensibilisation à l’autisme, sans que cela altère le contenu ni implique que la personne qui prononce ce terme soit dans un « courant » donné. Un dernier point: l’autisme est d’origine génétique, et donc ce n’est pas une question uniquement neurologique, même si ses caractéristiques peuvent être décrites par la neurologie. C’est pourquoi, le terme « Neurodiversité » est assez réducteur et peut prêter à confusion.

Pensee autistique


Le langage neurologique autistique appréhendé grâce au « langage conceptuel »

 


Formuler une phrase selon la structure psychique d’une autre neurologie constitue un travail de « traducteur-interprète » pour un autiste.


Sans parler du fait qu’il faut de respecter des codes sociaux basés chez les autres sur l’automatisme et l’intuition (quelque chose d’inné, d’instinctif, ne demandant pas de réflexion).


Pourquoi cela?


Parce qu’un enfant autiste pense en général en images (notamment ceux qui sont très visuels, par opposition à ceux qui intègrent mieux l’abstrait). Cela fait un double travail de traduction pour la transmission: donc 1° visualiser le concept; 2° traduire cela en des mots.

Imaginez l’effort que doit fournir un enfant. Et à l’âge adulte c’est la même chose, sauf qu’on s’est plus entraînés. Le fonctionnement reste immuable. Il faut bien comprendre cela.


Ce qui fait qu’avec une personne autiste je peux parler sans me fatiguer cérébralement; à l’inverse, avec une personne non-autiste, la saturation cérébrale peut arriver en quelques minutes (quelque soit la bonne volonté de la personne et/ou connaissance de l’autisme et même s’il s’agit d’un parent d’enfant autiste). Je dois m’adapter aux autres. L’inverse semble impossible.


Mais voilà qu’intervient l’étude de Brigitte Harrisson (autiste ayant une pensée exclusivement en images). Elle a inventé ce qui est appelé le « langage conceptuel« , connu au Canada, mais pas en France.


Sans paraphraser ce qui a été dit (cf les liens), je peux ajouter que pour moi cela est une évidence (le fait d’avoir un autre langage), mais ce qui m’émerveille c’est que tout parent peut utiliser avec son enfant autiste cette méthode pour communiquer. C’est donc une avancée majeure et je peux vous dire qu’à côté de ça la France est tellement en retard, que je vois bien plein de parents faire le détour au Canada, ne serait-ce que pour quelques séances qui leur permettraient d’utiliser cette méthode. Il y a un répertoire d’environ 50 situations quotidiennes où on utilise ce langage. Je me dois de l’expliquer ici, car ça va vous mâcher le travail: cela repose sur le fait d’aider l’enfant autiste a « avoir une connexion ». Cela signifie à faire le lien entre des éléments qui vont former un tout. Autrement dit, la façon « processuelle » de traiter l’information. C’est ainsi que moi je « traduis » déjà dans mes mots ce qui est expliqué dans l’émission. ça me permet justement de visualiser.


Et, chose impressionnante, de comprendre pourquoi je peux bloquer face à un travail, une tâche, lorsque qu’une pièce du puzzle manque. Pour faire quoi que ce soit, vraiment peu importe quoi, on doit le visualiser dans son entier du début jusqu’à la fin, mais en reliant les composantes. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas de pensée linéaire… c’est bien la preuve! 🙂 Cette déduction n’est pas faite dans l’émission mais va de soi, je la formule ici afin que vous compreniez mieux. Donc sans la pensée linéaire, on doit construire le cheminement permettant de retracer les composantes à agencer pour effectuer quelque chose.

Le bon côté : c’est bien pour cela que les autistes sont très intelligents, car on n’est pas en mode automatique, justement. Mais la difficulté réside dans le pilotage du cerveau aussi complexe. C’est tout un défi même à l’âge adulte. Il faut une volonté d’acier. Et la mémoire, c’est vital. Donc on va forcément la développer à outrance. Certains autistes ont une mémoire extraordinaire sans effort ceci dit.


Sans plus tarder je vous laisse écouter l’émission.


Pensée Autistique

Voici les liens :  « Un langage révolutionnaire pour communiquer avec les autistes » : article résumant l’émission radio sur le sujet (cf ci-dessous).

Emission sur le langage conceptuel :  cliquer ici .

Saccade

Et enfin démonstration :

.

.


Intelligence autistique


 

Appelée par Laurent Mottron « une autre intelligence », l’intelligence autistique implique le fait d’avoir une intense activité cérébrale qui va se dessiner dans les intérêts spécifiques lesquels occupent une grande place dans la vie de la personne autiste.

La société combat ce type d’intelligence parce que le système scolaire veut des êtres formatés, avec peu de capacité de réflexion.

De plus en plus, la société a marginalisé toute pensée originale, recherchant pourtant les « génies » de temps à autre, les sélectionnant sur des critères opportunistes, voire par un phénomène de foire.

C’est ainsi que, malgré le nombre important d’autistes qu’on pourrait qualifier de génies, seuls certains survivent, au sens propre comme au sens figuré.

Pensée Autistique

Publicités