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Les classifications de l’autisme rencontrent une limite lorsqu’on les applique à des cas concrets. En effet, on a pu remarquer que quasiment aucun autiste ne répond à tous les critères « autisme de Kanner » ou  autisme « Asperger ». Ceci étant dit, il est intéressant de connaître les caractéristiques décortiquées par Laurent Mottron. J’ai effectué une synthèse commentée de certains points du colloque qui s’est déroulé à Lille auquel j’ai assisté.

Observations et synthèse sur la partie I du Pr Laurent Mottron – Aspie Days

Je me permets de commenter des aspects de l'intervention du Dr Mottron aux Aspie Days car certaines personnes ont juste cru qu'il ne parlait que d'autistes non-verbaux. Ce qui est faux. Alors je vais reprendre quelques développements intéressants, voire passionnants, et qui concernent TOUT type d'autisme (oui, il fallait être plus attentif !). 
I. Au niveau de la cognition
1) Laurent Mottron souligne que dans l’autisme y compris de Kanner, il y a des forces la plus part des cas et une fausse déficience au départ (ex: lire sans comprendre ce qu’on lit pendant une période et ensuite cela s’aligne.
Autrement dit, le Dr Mottron souligne qu’il y a de la douance chez la pluspart des autistes de Kanner.
Le colloque concernant l’autisme sans déficience intellectuelle, son discours n’était pas – comme certains l’on affirmé à tort car ils n’ont pas suivi – hors sujet.
C’est donc une façon pour lui de VALORISER l’autisme classique, contrairement à la « mode » qui classe à tort et à travers des autistes de Kanner comme « Asperger », juste pour faire plaisir aux parents, car ça sonne mieux…
En outre, il rappelle que les travaux de Léo Kanner ont été dénaturés une trentaine d’années après, en assimilant – à tort – autisme classique (« de Kanner ») et déficience intellectuelle (cf. la vidéo du colloque, à la minute 3:30 qui distingue “fausse déficience” et “vraie déficience).
Je me permets de souligner cet aspect là. Un autiste de Kanner n’a pas moins de valeur qu’un autiste Asperger. En général, c’est celui de Kanner celui qui a le plus de douance, mais dans un domaine plus ciblé, alors que l’Asperger est plus fonctionnel.
Ceci par rapport aux vrais Asperger et pas aux autistes de Kanner classés Asperger justement parce qu’ils ont de la douance et pour les psys de bas étage la douance serait incompatible avec l’autisme classique.
Notez que le jeune homme qui se présente comme « Asperger » au début du colloque, il est vite reclassé autiste classique par Laurent Mottron (il lisait sans comprendre dans son enfance et a de la difficulté dans le langage = autisme de Kanner, désolé pour les parents qui voulaient le label « Asperger »… ce n’est pas mieux ni pire).
Attention à ne pas trop s’approcher de Laurent Mottron, vous serez transformé en grenouille he he !! 😀
En fait les autistes de Kanner, c’est le 80%, le reste ce sont des autistes baptisés à tort « Asperger », car c’est assez marginal, ou alors des diagnostics erronés classant des HP comme Asperger. Et pour cause, j’ai croisé majoritairement non pas des « Asperger », mais que des autistes de Kanner aux Aspie Days (notamment au “Café Asperger”). Et tant mieux. Où est le problème ? Vous souhaitez qu’ils se planquent? Ils ont le droit d’exister et d’être valorisés. Heureusement que le Dr Laurent Mottron souligne que OUI, eux aussi et la plupart des cas, ont de la DOUANCE. A retenir !
Je me demande vraiment si l’autisme « Asperger » ne serait pas une sorte de mythe… J’ai pu rencontrer dans ma vie une poignée d’Aspergers à proprement parler. En général, on a des autistes de Kanner « devenus » Asperger… donc autistes classiques. Ce qui n’est pas un souci.
Puis, certains confondent Asperger et génie ou Asperger et Savant. Mais permettez-moi de vous dire : on n’est pas au cirque et il faut respecter les personnes sans attendre d’elles qu’elles vous fassent un numéro.
2) Ensuite le Dr Laurent Mottron précise – tout autiste génétique confondu – que l’expertise dans les intérêts spécifiques vient, outre l’intelligence autistique, des heures passées dans une certaine activité.
Et j’ajoute ceci : vous comprenez pourquoi il ne faut pas faire de méthode de dressage (ABA et assimilés – [c’est la partie II du Dr Mottron qui concerne les méthodes de suivi des autistes]), car ça empêche à l’enfant de se dédier à ses intérêts spécifiques, ce qui développe son intelligence autistique. On en fera un enfant avec une intelligence alignée, au lieu de profiter de sa douance… c’est bien dommage, puisque que les intérêts spécifiques débouchent souvent sur un métier pour lequel peu de personnes sont douées… A MEDITER.
3) Sur l’hyperlexie – Un truc à tomber par terre: selon les études sur des enfants autistes (non-verbaux en âge pré-scolaire), le constat est sans appel : ils ont démontré avoir une plus grande capacité à travailler avec les caractères imprimés et la numération, rejoignant le stade de la douance (« force absolue »), alors même que le groupe contrôle (de NT) étaient plus âgé de 2 ans que les autistes… Wooowww…!! 😀 Donc c’est juste ce bout là qui concerne les non-verbaux et pas toute l’intervention. Mais ce qui n’est pas expliqué si ce sont des enfants qui parleront plus tard (en toute logique il me semble que oui).
4) Le mythe de la carence de « cohérence centrale » – Si les autistes voient les détails d’abord, cela ne leur empêche pas de former avec ces détails, une vision globale. En général, le Dr Mottron souligne que ce n’est pas parce qu’un autiste est bon en quelque chose, qu’il aura un handicap corrélé.
II. Au niveau du cerveau
1) Ce qui se passe au niveau du cerveau des autistes –
« Prédominance autistique » (termes à moi) : expertise visuelle. Ceci dit, cela ne signifie pas que les autistes voient mieux, mais qu’ils observent mieux, selon le Dr Mottron, selon des études scientifiques imparables (« c’est une méta-analyse » = études scientifiques prouvées, vérifiées, etc).
Toutefois, je souligne que dans mon cas, je vois le champ magnétique des choses et qu’en tout état de cause si nous, les autistes, avons des sens plus développés, il est logique que la vue le soit aussi, combien-même on porte des lunettes. Par ailleurs, porter une attention particulière sur les choses aiguise la vue. Tout cela fait qu’on ne rate pas un détail J
Dans le cerveau, les autistes ont des zones d’expertise là où les NT n’en ont pas. Les NT ont une aire globale pour diverses taches (ceci déjoue quelques idées reçues).
Il y a donc
a. Le visageb. Les objetsc. les caractères imprimés
Et là on se frotte les yeux… le visage ?? Si, si, explique le Dr Mottron : les autistes reconnaissent le visage des autres. On n’a pas, dit-il de déficit dans la reconnaissance des visages. 😮
Mais le mystère reste à moitié élucidé, car la prosopagnosie existe chez certains autistes et pour les autres, reconnaître un visage n’est pas toujours facile. Ce qui m’avait fait dire que je n’ai pas de « logiciel de reconnaissance du visage ». J’étais incapable de reconnaître un certain nombre de mes étudiants, et bien à regrets. Alors si on a une aire supposée reconnaître les visages (et apparemment il y a des études scientifiques pour appuyer ce fait), comment se fait-il qu’on ne reconnaisse pas les gens ? J’ai remarqué que les NT reconnaissent avant tout par le regard. Est-ce alors que le changement des traits du visage nous empêche de reconnaître quelqu’un ? Ou alors qu’on n’y prête pas suffisamment attention ?
Je peux reconnaître certaines personnes, mais pour cela je dois mémoriser chaque bout de visage. Et donc ça va être en mode figé. Alors je vais m’attarder sur ce qui pourra être un repère sûr. Si je regarde dans les yeux – ce qui arrive souvent – je perds le reste du visage, car au début je suis fascinée par les yeux. Ceci si j’ai de l’intérêt pour la personne. Autrement, je peux paradoxalement retenir le visage, car ça me distrait moins. Je prends une particularité-repère. Ex : la forme des cils si la personne ne change pas trop de look ; ou le nez, la bouche uniquement les dents, mais les gens ne sourient pas tout le temps.
Donc il y a une zone d’ombre : comment se fait-il que trop d’autistes ont du mal à raconnaitre les visages (moi j’y arrive avec mon entourage, mais pas avec des personnes que j’ai vu peu ou il y a très longtemps). Il faut que j’ai un lien étroit avec l’âme, pour me souvenir de la personne, et donc reconnaître son visage.
Par exemple, demandez à Josef Schovanec s’il arrive à reconnaître les visages ? Pour lui, c’est mission impossible. Une fois, il a dit qu’il arrivait à me reconnaître par la couleur de mes cheveux.
Pour les NT, je précise que ce n’est pas qu’on voit rien à la place du visage : oui, on le voit le visage, certes, mais on ne va pas le retenir …. alors qu’on a une bonne mémoire. Mais si une personne a beaucoup d’impact sur moi, je la reconnais et puis ça dépend des visages. Ex : Laurent Mottron je ne le reconnais aisément, car il a un tas de détails repérables ; puis les gens de l’entourage j’y arrive. Mais il faut que j’entende la voix de la personne. Sans la voix, je n’arrive pas à assembler son portrait, en quelque sorte.
Pour le reste : objets et caractères imprimés, aucun doute que c’est la spécialité autistique = RAS (rien à signaler).
Chez les autistes la perception est plus visuelle (cela occupe une place importante sans les aires cérébrales, et donc fait partie des « expertises » des autistes).
Les caractères imprimés correspondent à l’aire visuelle chez les autistes.
Chez les NT, au contraire, il n’y a pas d’expertise visuelle, juste une aire qui englobe tout.
C’est là que je me dit qu’ils doivent reconnaître les autres peut-être à l’aide de la théorie de l’esprit ? C’est la partie qui m’échappe, comme je l’ai dit plus haut.
Concernant l’hyperlexie : même si pendant un temps (dans la petite enfance) il n’y a pas de compréhension de ce que l’autiste lit, ça débouche in fine sur la compréhension des mots. L’hyperlexie permet donc en général d’apprendre la lecture et le langage.
Constats de Laurent Mottron :
- « l’activation des aires d’expertise visuelle dans une tache de logique non-verbale est supérieure en autisme »
- les autistes activent plus de zones du cerveau lorsqu’il y a une tache de raisonnement. Donc la capacité de raisonnement des autistes est supérieure que celle NT … que ce soit de Kanner ou Asperger. 🙂
La façon d’obtenir le résultat n’est pas la même qu’on soit NT ou autiste, mais les aires visuelles d’expertise chez les autistes vont travailler plus chez les autistes ; en gros, ça carbure à plein régime et donc j’en déduis que c’est pour cela que le cerveau autistique est fait pour ce qui est « compliqué » pour les NT, et moins pour les choses « faciles » aux yeux des NT.
En définitive, « les autistes ont une contribution supérieure de la perception dans l’intelligence ». Ceci est ce qui désigne véritablement l’expression « une autre intelligence » (L. Mottron). Il peut donc y avoir entre NT et autiste le même résultat, mais un autre chemin pour y parvenir.
Chez les NT, au moment de réfléchir, intervient le langage intérieur. Mais ce dernier ralentit le processus, alors que chez les autistes, la prédominante est la pensée visuelle : ça va plus vite, car la perception visuelle, c’est du non-verbal. Alors que les NT vont utiliser plus le langage intérieur (=verbal).
2) Les forces sont-elles les mêmes chez tous les autistes ?
C’est dans cette partie là que le Dr Laurent Mottron parle des différences entre autisme Asperger et autisme classique (ou de Kanner, c’est la même chose).
En France, dit Laurent Mottron, la tendance est de classer « Asperger » tous les autistes qui parlent, alors que le DSM distingue :
Asperger = aucun retard initial du langage [c’est mon cas]
Autistes classiques = des deux choses l’une (accrochez-vous) :
a. soit, en début de vie, il y a un retard du langage même si certains peuvent lire et ce précocement (par exemple Josef Schovanec qui a parlé à six ans et écrit les premiers mots à ses 2 ans… mais il est Asperger)
b. soit – et c’est là que ça se corse – il n’y a pas de retard de parole MAIS il y a écholalie. 
Ainsi (pour le “b”), ma mère s’en souvient quand j’étais tout petit bébé, avec la plus grande joie car mon écholalie c’était vu comme mignon… 🙂 Et puis ça donne un côté intéractif et je pense que ça l’est. Puis, plus tard, j’ai eu l’habitude de retenir sketches et scripts de films… ce qui relève donc de l’autisme de Kanner a priori. Si j’y ajoute un plus le fameux « regard fixe » …
Donc on y est. On a les critères en mains:
  • Asperger => sans aucun retard de parole et sans écholalie avant l’âge de 5 ans. Avec cela une maladresse motrice conséquente (ex : faire du vélo qu’à partir de 10 ans). Laurent Mottron a précisé: « ils parlent très tôt, très bien, sans retard »
Eh bien moi j’ai parlé mon langage inventé pendant un certain temps, avec ma sœur, puis à l’école ça se passait bien : au début je lisais sans comprendre grand chose, mais je lisais très bien.. (ça rejoint encore une fois l’autisme classique).
On a, chez les Asperger, des pattern du langage plus complexes (ce qui nous renvoie au surnom de « petits professeurs », donné par Hans Asperger aux enfants autistes). Et cela dépend du retard du langage ou non. Dans le test WAIS IV, l’Asperger est supérieur en langage ET en similitudes (comparer un objet à un autre… et et.. le droit comparé – ma branche – ça rentre où … ? Me dis-je… une piste ?).
En compréhension, les Aspergers sont plus doués que les autistes classiques. Cela donne, selon L. Mottron, des profils distincts, ce qui jouera lors du diagnostic.
  • Autiste classique : ceux qui entrent dans le langage par hyperlexie (donc lecture avant la parole), cela leur donne des fores cognitives qui sont différentes que chez l’Asperger.

Ainsi, le critère n. 1 qui fait le distingo entre les deux types d’autisme (génétique) est la façon d’entrer dans le langage.

Parce que les intérêts spécifiques existent chez les deux types d’autisme. Mais on verra plus loin que leur nature est différente.
Donc si on tient compte de tous ces critères, qu’on est « puristes », ça nous déclasse un bon nombre de personnes dites « Asperger ». Sachez que – et je vais le prouver plus loin – les autistes de Kanner ont une puissance de raisonnement hors norme (cf Einstein ; Temple Grandin = autistes classiques).
Pourquoi alors tout le monde a voulu être « Asperger » ? Peut-être par ignorance de l’autisme classique, tout simplement. Et la croyance que l’autisme « Asperger » ferait partie d’une élite… On a tant rabaissé l’autisme de Kanner, que les gens classés ainsi, se sentent mal à l’aise. Mais en réalité, 1° c’est la même branche : tous deux sont autistes. 2° aucun n’est supérieur à un autre et j’ose dire que si c’était le cas, la balance pencherait plus chez l’autisme de Kanner. C’est chez eux qu’on trouve les plus grands génies. Mais la société veut les baptiser « Asperger » … c’est juste absurde. Donc la logique c’est que la pensée n’est pas la même selon ces deux types d’autisme. Et donc le suivi ne peut pas être le même non plus. Les psychologues qui classent, par complaisance, en « Asperger » des autistes classiques, sont inconscients, car l’autiste de Kanner a besoin de plus d’aide pour le démarrage, si je puis dire, mais après il est tout à fait opérationnel.
Quoi qu’il en soit, Asperger et Kanner, les deux types d’autismes comportent des forces et des « déficits » (sic).
Cf. Minute 44 :35 = vous pouvez voir le tableau avec les critères.
De prime abord, ils me semblent caricaturaux. De bonne foi on se dit qu’on a peut-être des critères des deux …
3) La perception
Les autistes Asperger n’ont pas de supériorité perceptive visuelle par rapport aux autistes de Kanner.
Ainsi, les autistes classiques (de Kanner) saisissent plus vite l’information visuelle que les Aspergers (0/1 … lol).
4) Capacité motrices
Il y a une corrélation entre incapacité à aller en vélo et parler très tôt. Il y a donc lien de cause à effet [ma motricité fine n’est pas top, mais j’ai fait du vélo à peu près à l’âge qu’il faut, peut-être un poil plus tard et je sais faire mes lacets ; mais je n’ai pas réussi à avoir mon permis de conduire]. Il y a donc chez les Asperger les aires motrices empiétées par le surdéveloppement des aires du langage (ce qui donne douance et handicap à la fois).
5) La nature des intérêts spécifiques
Il y a le distingo : - Intérêts spécifiques thématiques => autisme Asperger- Intérêts spécifiques perceptifs (qui ont trait aux sens) => autisme classique
On peut rétorquer qu’on a les deux, ou juste celui thématique.
Mais ceci est schématique, ce qui signifie qu’il faut aller plus loin pour saisir ces deux natures des intérêts spécifiques. Et voir ce qui s’y raccroche. Imaginez sans porter de préférence, l’esprit vide. Car il ne faut pas tenter de se « classer » dans un type d’autisme préféré. Cela serait saper un moyen se mieux connaître notre propre fonctionnement (là je m’adresse aux autistes, bien entendu).
Ceci étant dit, même Laurent Mottron dit que parfois on trouve « un peu des deux »… alors rien n’est figé ! Et on peut encore s’estimer « heureux » si on arrive à se classer quelque part, histoire d’avoir des repères. Car c’est cela qu’on cherche, et non une étiquette.
Y a-t-il un « portrait robot » de l’Asperger ou du Kanner ? Pas vraiment.
Et je me dis : pendant que j’analyse tout ça, ne suis-je pas dans une thématique, ce qui correspond à l’autisme Asperger ?
En outre, mon domaine d’expertise est le domaine juridique (=thématique ?).
L. Mottron dit que certes, autiste Asperger et Kanner peuvent avoir peut-être exactement le même intérêt spécifique sur une thématique, mais ils ne le verront pas sous le même angle.
Ex : étude des roches et minéraux par rapport à leur origine (Magnétite : appartient au groupe de oxydes) = intérêts spécifiques thématiques. Propriété des pierres = intérêts spécifiques perceptifs.
Et alors je me dis : est-ce que l’autiste de Kanner serait alors dans la « systématisation » ?
Mais celui Asperger est bon en comparaison…
Donc je fais du droit et droit comparé en plus… à quelle pensée j’appartiens ?
Si je retiens l’exemple de Laurent Mottron. Ex : les deux ont comme intérêt spécifique l’egypte ancienne. Mais l’autiste Asperger il étudiera par classification ; L’autiste de Kanner étudiera par exemple la similitude de morphologie.
C’est là que le mot « similitude » me parle : et si le domaine juridique entre dans la similitude et le droit comparé aussi ? Cela rentrerait dans les critères Kanner (je précise que mon diagnostic dit « Asperger », mais les critères en France sont changeants et flous). Parce que si je transforme « similitude » en « systématisation », je m’y retrouve. Si je compte que la systématisation passe par l’observation, je peux dire alors que l’esprit scientifique est propre à l’autiste de Kanner… et je me sens profondément scientifique.
Une anecdote : un vendeur de chaussures qui me dit, à un moment où je n’avais pas encore commencé ma carrière de juriste : « vu la façon dont vous regardez la chaussure » (j’en avais une en mains), vos parents doivent être médecins ou avocats… Il faut dire que j’ai pas mal de médecins de la famille du côté de mon père et avocats du côté de ma mère..
Donc l’esprit de pensée de l’autisme de Kanner reposerait sur le RAISONNEMENT/ OBSERVATION, alors que celui Asperger repose sur la CONNAISSANCE/ SAVOIR? Est-ce que cela pourrait être interprété ainsi?
Ceci est une hypothèse que j’émets, libre à vous d’en débattre, je suis curieuse de vous lire 🙂
Par exemple j’aurais une question : un musicien, il est “Asperger” alors que la musique repose sur les sens? Mais elle repose aussi sur le classement, et ce en permanence… Et comment séparer le tout, car cela est soudé… Ensuite ceux qui dessinent, ils peuvent être Asperger aussi… Ce qui fait qu’on ne peut pas faire un clivage net. Tout autiste est sensoriel.
Mais attention : ça ne veut pas dire que les Kanner sont ignares et que les Aspergers ne savent pas raisonner.. ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Il s’agit d’une dominante.
En bref, et là je reviens à mes moutons, ou aux moutons de L. Mottron, qui conclut ainsi : on a donc un retard de parole qui va créer un sur-fonctionnement perceptif (= autisme classique).
Ainsi, chez l’autiste classique, quand on fait entendre un son, c’est l’aire perceptive auditive qui est en sur-activité.
Or, si on fait entendre le même son aux Aspergers, la sur-activité par rapport aux sons empiète sur les aires motrices et les aires verbales correspondantes au cerveau NT (Wow…).
Je vais conclure à mon tour (MAJ du 26.02.2017)
Si on devait retenir une seule chose de ce colloque, la plus saillante, je dirais que c’est le fait que - tous autistes confondus, y compris non verbaux - on un cerveau “équipé” (aires cérébrales spécifiques pour ça, que n’ont pas les NT) pour reconnaître lettres et chiffres. Ensuite on a les autistes classiques qui ont en général un décalage entre l’écrit et l’oral: la compréhension de ce qu’ils lisent peut venir plus tard. Et pour les apprentissages aussi. Un peu comme un fromage ou un bon vin, qu’il faut savoir laisser s’affiner sans intervenir. Raison qui motive encore plus mon opposition aux méthodes de dressage visant à “normaliser” les autistes. Il faut au contraire travailler avec leurs forces.
Et enfin, si je devais dire un point qui cloche de façon très évidente dans les développements de Mottron, et oui, nul n’est parfait, c’est qu’il croit que seuls les Aspergers ont des soucis de motricité fine. Or, TOUT autiste a des soucis de motricité fine. On a vu justement que c’est parce que dans les aires où les NT ont la motricité, une partie est empiété par 1° une aire dédiée à la perception et au langage chez les autistes. Et je ne fais que reprendre les éléments qu’a fourni le même Laurent Mottron (ça sert à quelque chose ma pensée non-linéaire, donc en arborescence). C’est une erreur qui me semble vraiment étonnante et sans doute découle d’erreurs dans des études, ou mauvaises interprétations des résultats. Nous, on est “sur le terrain”. Ce qu’on voit vaut mille études. Je n’ai pas, à ce jour, connu d’autiste sans soucis de motricité fine. Ce qui n’empêche pas à certains autistes de devenir sportifs de haut niveau. Car notre cerveau il peut obtenir un résultat juste parce qu’on se fixe un objectif. C’est ça qui est formidable dans l’autisme. Cela signifie qu'en dehors de certaines limites, on a des point +++ par rapport aux autres, tout type d'autisme confondu. 
Et Laurent Mottron se contredit en disant que tout don ne comporte pas de handicap car c'est l'inverse: il y a un handicap parce qu'il y a des douances qui vont empiéter sur certaines habilités. Donc l'autisme est à la fois un don et un handicap. C'est important de le dire, parce que les autistes on a besoin d'aménagements et de respect de notre différence.
En écoutant Laurent Mottron, il ressort que l'autisme "prototypique" c'est plutôt celui de Kanner, car les études sont faites souvent avec les autistes de Kanner, et pas ceux d'Asperger. Car ceux de Kanner ont des traits autistiques plus saillants. Un réflexe de scientifique que j'ai eu moi aussi, car au tout début de ma découverte de l'autisme, je me suis plongée d'abord sur un livre fait par un autiste de Kanner. Et ensuite ceux d'Asperger. Et en réalité, le monde des autistes Asperger ressemble plus au mien. En France, on classe "autiste de Kanner" les cas d'autisme sévère (je n'ai pas d'autre mot, désolée), et c'est pour cette raison que les gens fuient cette appellation comme la peste. Mais c'est bien dommage. Il faut bien appeler un chat un chat. Pour l'heure, on doit rester avec les appellations généreuses "Asperger", pour éviter de nous faire discriminer encore plus… Il y a alors deux seules options en France : soit on est "Asperger" soit on est autiste sévère. Mais ce dernier peut évoluer en devenant "Asperger"… ce que souligne souvent Josef Schovanec: ces appellations sont artificielles. Il faudrait à mon avis avoir une appellation "Asperger" pour tous (ce qui ferait honneur à Hans Asperger, qui n'avait pas exclu des autistes et était pour la neurodiversité) pourquoi pas en ajoutant s'il y a prédominance visuelle ou perceptive au sein des intérêts spécifiques. Ceci aiderait pour l'emploi d'outils pédagogiques dans le cadre du suivi.
Voilà ma synthèse commentée, je vous rends la plume virtuelle. N’hésitez pas à commenter !
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Pour rappel, la vidéo (Partie I – 17.02.2017) c’est ici.
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Pensée Autistique
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