JE SUIS AUTISTE « ASPERGER » ET JE N’AI PAS DE COMPTES A RENDRE !

L’attitude de certaines personnalités françaises face à l’intervention de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale m’amène à quelques réflexions que je vais partager ici.

Je ne ferai pas une récupération féministe comme j’ai lu quelque part, car c’est hors sujet. Il semble bien qu’il y ait une instrumentalisation qui tiraille de tous les côtés Greta Thunberg, que ce soit dans le secteur de l’environnement ou celui de l’autisme.

Je ne vais pas non plus l’utiliser pour parler de moi, mais j’aimerais souligner ce que je retrouve en commun avec elle (sans me comparer non plus : elle a ses qualités et personnalité propres, comme tout autiste).

Mon combat se situe ailleurs et est juridique. Je pense qu’il n’y a pas besoin de revenir sur chaque point de critique sur le fait que Greta Thunberg soit discréditée, car pour cela je vous renvoie lire sa propre réponse bien argumentée  ici.

Sur un autre registre – le domaine de l’autisme – je fais de temps à autre l’objet d’attaques similaires, bien que j’aie un certain âge maintenant. C’est récurrent : prendre les autistes Asperger ou de « haut niveau de fonctionnement » (comme on dit) comme incapables de réfléchir par eux-mêmes. Greta aura 18 ans dans deux ans, bientôt elle ne sera plus un enfant. On verra alors quels arguments lui seront jetés à la figure. Mais souvent, l’âge importe peu, en France, dire son autisme expose à des critiques car on attend de nous qu’on soit soumis aux autres. Alors c’est mal nous connaître. Soit on attend qu’on soit soumis soit on nous attaque. Et quand on s’exprime, qu’on ose, on va nous dire qu’un gourou ou quelqu’un etc, serait derrière nous à nous dicter ce qu’on doit dire. Ceci sous-tend qu’on ne serait pas capables de réfléchir par nous-mêmes. Le plus drôle étant quand une personne autiste est accusée de suivre des directives d’une autre personne autiste, alors qu’on a chacun notre façon de penser et on n’est pas dans le recopiage des idées. C’est ce qui nous distingue.

D’ailleurs, c’est dans le plein respect qu’on écoute ou lit ce que disent les autres (vrais) autistes (oui, désolée, mais ce point est important) : on peut ne pas être d’accord mais chacun est maître de ce qu’il dit.

C’est pourquoi l’approche militante de l’autisme va de pair avec la notion de diversité. Pour cette raison, tout le monde – surtout en France – ne comprend pas ou ne soutient pas le concept de neurodiversité, mais in fine on aboutit à ce courant là, car on y est déjà. Donc toute action de sensibilisation à l’autisme et à la différence relève de la neurodiversité (ou biodiversité humaine).

Alors on reproche à Greta Thunberg de « parler comme un adulte » ? Cela me fait sourire ! Je renvoie ces gens lire le guide de Tony Attwood par exemple. La caractéristique de l’autisme Asperger est d’avoir une aisance dans l’expression écrite et orale. Ça ne veut pas dire que tout autiste va s’exprimer en public facilement, mais ce n’est pas rare qu’un autiste Asperger ait un excellent vocabulaire et cela inclut tout un langage que certains estiment d’adulte, aussi parce que les gens ont du mal dès que ce n’est pas le langage parlé. Or, le langage parlé c’est quelque chose qui fait partie des neurotypiques (NT), car va de pair avec les compétences sociales. Le langage est donc en général dans les pics d’habileté d’un autiste Asperger. Rien d’étonnant qu’il soit alors élaboré. Quand j’écoute Greta, je retrouve cette expression riche et authentique qui caractérise l’autisme Asperger. C’est donc par ignorance que des gens vont à la fois dire qu’elle parle comme un adulte mais qu’elle a un aspect d’un enfant. On sait que chez les Aspergers on peut avoir un aspect plus neutre qui donne l’impression qu’on a un décalage dans la croissance. Ce décalage est d’environ deux ans. Tout le développement autistique est différent. Mais l’intelligence autistique donne une expertise dans certains domaines et avec cela une maturité découlant de notre compréhension de la vie. Pour le relationnel, on peut le développer avec un décalage car on a besoin de plus de temps, bien que ce ne sera jamais un niveau de NT côté socialisation. Ce qui ne nous rend pas asociaux.

Pour les personnes qui savent vraiment repérer les expressions autres que celles caricaturales, moi je vois beaucoup d’expressions chez Greta, bien plus que chez certains NT. Mais il faut savoir les repérer. Savoir distinguer le sourire autistique, ce qu’il renferme. La caractéristique des expressions autistiques est qu’elles ne sont souvent pas dans l’interaction (sauf si on s’efforce à cela, mais ce sera maladroit, donc certains autistes préfèrent renoncer à tenter de paraître « normaux », au stérile « sourire social » qu’arborent les NT).

En somme, bon nombre de critiques à Greta Thunberg, découlent d’une incompréhension de son autisme, au mieux, et à du harcèlement discriminatoire et incitation à la haine, au pire. Je rappelle qu’en France on ne tolère pas cela, il y a des lois tout de même car s’en prendre à une personne en raison de son handicap est un délit. Qui plus est, si cela vient d’hommes politiques, c’est encore plus grave. Je ne vais citer personne, ça leur ferait de la pub. On va les laisser dans l’ombre, si vous le voulez bien. Là où ils devraient rester, dans leur propre haine. Un autiste n’est pas motivé par la haine. On ne carbure pas à cela.

C’est pourquoi, et c’est là aussi où je voulais en venir, je suis aussi traquée et harcelée par des personnes animées de haine qui se disent voire auto-proclament « autistes », parfois arrivant à « décrocher » un diagnostic qu’un professionnel leur donne par pitié, ou pour avoir la paix, afin d’apaiser ses souffrances (ce qui n’aide pas, car il faut trouver le vrai trouble psychologique : le diagnostic ce n’est pas la boîte du bonheur, c’est une piste pour la connaissance des caractéristiques, s’il est faussé, cela ne rend pas service, je ferme la parenthèse..).

Je vois que certains de mes compatriotes autistes sont attaqués d’une façon ou d’une autre de la même manière qu’est attaquée Greta Thunberg. Et donc cela ne peut que me toucher et m’indigner.

Je ne suis pas dans le registre écologie etc. Mais j’ai un lien viscéral avec le règne végétal. J’ai aussi une empathie (oui, les autistes ont de l’empathie, mais elle ne se présente pas de la même façon que chez les NT) pour les animaux. Je ressens moins de choses pour des êtres humains que je ne connais pas. Car je n’ai pas une sensibilité innée vers les êtres humains. Je n’ai rien contre non plus, mais la solitude (à distinguer de l’isolement, je précise dans le cas où) me convient. Je suis la plupart du temps seule. A la rigueur les autres j’aime les voir comme en fond de toile, par exemple quand je me rend dans les bibliothèques. Je suis en paix avec ça.

Alors je l’affirme, tout comme Greta, c’est parce que suis autiste Asperger que j’ai mes propres idées, sans que personne ne m’influence et c’est pour cela aussi que je ne mesure pas si mes propos vont « plaire », je ne suis pas là pour séduire, mais pour informer. Ainsi, je suis, tout comme le dit Greta un MESSAGER. C’est ce mot qu’elle a utilisé. Un messager, donc je me sens comme un canal par lequel des informations passent, je les transmets. Mais je ne suis pas dans le cadre décisionnel : un autiste ne « commande » pas, ne « dirige » pas.

J’agis dans le domaine de l’autisme en cavalier seul. Quand je m’exprime c’est au nom de moi-même. Tout comme Greta. C’est ce qui caractérise l’autisme Asperger : la liberté d’esprit.

Pensée Autistique

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« Lettre aux Aspinets »

Lettre aux Aspinets

Par Kristian Schott, Président de l’Association SpecTr.A, Consultant autiste de haut niveau.

 

Un chien a 4 pattes, mais ce qui a 4 pattes n’est pas forcément un chien.

Nombre d’angoissés de la vie s’interrogent sur la raison de ce qu’ils ressentent. Certains d’entre eux rencontrent fortuitement ou après de nombreuses recherches le Syndrome d’Asperger.

Mais pour nombre d’entre ceux-là, c’est l’effet horoscope, chacun avec une bonne capacité suggestive peut s’y retrouver, s’y reconnaître.

Ce sont ceux là, qui viennent nous dire qu’ils souffrent d’autisme.

L’Autisme n’est pas une souffrance. Ce n’est pas un état d’angoisse, ne génère pas d’angoisse.

Ces gens font l’erreur de Bettelheim qui « imposa une conception psychanalytique issue de son expérience des camps de Dachau et de Buchenwald. Il compara le repli autistique de l’enfant à celui de certains déportés, plongés dans l’environnement hostile du camp de concentration : « Dans les camps de concentration allemands, je fus le témoin incrédule de la non-réaction de certains prisonniers aux expériences les plus cruelles. Je ne savais pas alors, et ne l’aurais pas cru, que j’observerais, chez des enfants, dans l’environnement thérapeutique le plus favorable, un semblable comportement engendré par ce que ces enfants avaient vécu dans le passé. » »

Et nombres de médecins sont influencés par cette mouvance et si ces personnes angoissées consultent ces médecins d’obédience psychanalytique, elles recevront ce diagnostique tant désiré, convoité, d’être angoissés au point de manifester du mutisme, des replis dits « autistiques » etc…

En réalité, si l’on s’en réfère aux manuels diagnostics DSM5, CIM10, l’autisme ce n’est pas du repli, ni de l’angoisse. Il est décrit selon deux axes :

– troubles qualitatifs, de la communication et de l’interaction interpersonnelle

– intérêts restreints, répétitifs et stéréotypies.

L’autisme infantile apparaît dès la naissance, le syndrome d’asperger se manifeste aux alentours de 3 ans.

D’ailleurs ces personnes qui ont fait toutes leurs recherches, écumé les forums « Aspinet » (aspi du net) sont en demande de beaucoup d’attention, en demande de beaucoup d’empathie de la part des autres, se plaignent et se victimisent sans cesse, n’ont aucun centre d’intérêt spécifique dans lequel, même avec un QI moyen ou inférieur à la moyenne, n’importe quel autiste finit par exceller à force de ne faire que ça.

Ces personnes se targuent d’un haut potentiel, ou aimeraient en avoir la reconnaissance.

Ces personnes se cherchent un groupe social, un collectif, et quoi de mieux que fb pour se retrouver entre soi ? Comme un club de motards virtuel…

Ces personnes qui ne passent pas par les C.R.A. qui se satisfont de prédiag. genre Aspiquizz, du psychologue du coin, d’un seul psychiatre, ne se rendent pas compte du tort qu’elles nous font en se déversant ainsi de leurs angoisses et petits malheurs, car elles contribuent à maintenir l’Autisme dans la catégorisation trouble de la personnalité, personnalité angoissée, dépressive.

Alors que des autistes ont une vie, des passions, peuvent diriger des gens, être créatifs, déplacer des montagnes, sans avoir un QI exceptionnel.

Je vous demande de réfléchir, de ne pas penser qu’à vous-mêmes, pour une fois, de vous sortir de votre égocentrisme du quotidien et de vous interroger en vous demandant comment au mieux ne pas nous gêner dans notre cause, ce que nous défendons, et bien sûr vous êtes bienvenu(e)s à nous aider dans notre combat pour une société plus inclusive et la désinstitutionnalisation des personnes en situation de handicap.

Alors au lieu de rester derrière vos écrans, venez nous rencontrer dans la vie réelle, dans les institutions notamment, vous y verrez des autistes, très loin de ce que vous aimeriez être vous-mêmes.

Et pour vous dire, en proportion dans le petit monde du T.S.A., le nombre réel d’Asperger est anecdotique, à tel point que ce diagnostic, cette catégorisation « Syndrome d’Asperger » a déjà disparu du DCM5, et bientôt disparaitra du manuel diagnostic international, vous n’aurez alors donc plus de reconnaissance ? D’identité ?

Donc personnellement je ne lis pas les « c’est comme moi », les « moi aussi » ou encore « c’est tout moi ». On est tous unique. Je ne me retrouve pas en vous. Vous ne vous retrouverez pas en moi.

Laurent Mottron - synthèse par Kristian Schott

Journée de la fierté autistique

#FiertéAutistique #AutisticPrideDay #OrgulloAutista #OrgoglioAutistico

Je cueille l’occasion de la Journée de la fierté autistique pour expliquer mes traits autistiques

En 2013 j’avais fait un descriptif bref de l’autisme de type Asperger que je reprends ici :

QUI SUIS-JE?

Je suis un autiste de type Asperger (et fière de l’être). Ce n’est pas ce qui me décrit, certes, il reste que c’est une façon d’être différente, par opposition aux « neurotypiques (NT) ».

Quelques caractéristiques:

  • Il est vrai que le relationnel n’est pas le point fort de l’Asperger, c’est parce que nous n’avons pas un aspect intuitif dans notre cerveau qui nous permet de décoder les comportements des autres, les anticiper (ce qui s’appelle « cécité sociale »).
  • On est sincères et c’est sans effort parce que nous n’avons pas la malice des « neurotypiques », tout est plus simple pour nous (on dira de nous qu’on manque d’imagination… or, on a notre monde intérieur et des sens très développés, tout nous émerveille).
  • Un Asperger est au service des autres tout en ayant des passions particulières (appelées par les autres « intérêts restreints » ou « intérêts spécifiques »);
  • L’Asperger aime les repères (donc on dira de nous que nous avons des « rituels », mais c’est juste une façon de s’organiser).
  • L’Asperger est solitaire (on dira de nous que nous avons des problèmes relationnels parce que ce n’est pas vu comme « normal »).
  • L’Asperger est « inexpressif ». On nous dit insensibles, sans expressions au visage… Parce que notre motricité fine ne le permet pas ni notre façon de ressentir les choses, très intériorisée.
  • L’Asperger est naturellement joyeux. Sauf si on tente de le forcer à « être comme les autres ». On n’est pas malléables même si assez conciliants et tolérants. Donc l’éducation à l’ancienne et les chefs très autoritaires qui ont pour système de « mettre la pression » : no way. Il faut être gentil! Celui qui a nous a compris aura une personne très dévouée. D’ailleurs, les employeurs se rendent compte de plus en plus de nos qualités et il arrive qu’ils recrutent que des Aspergers dans certains domaines (nos domaines d’expertise : informatique, domaine juridique, par exemple).
  • J’oubliais : on peut être très (trop) bavards quand il s’agit de nos centres d’intérêts; et on adore expliquer les choses, c’est l’aspect « professeur ». Et quand on veut se renseigner sur quelque chose, on le fait en mode « chercheur ». Les « neurotypiques » eux, sont plus « généralistes » dans leurs connaissances.

Pourtant, avec toutes ces particularités l’Asperger peut être un caméléon : on est de fins imitateurs 😉

Mais je veux rester telle que je suis même si je suis différente des autres et justement. Il faut des personnes qui se détachent de ce qui est standard. Je ne tente pas de ressembler aux dits « neurotypiques », plus maintenant. J’ai compris mes forces et mes faiblesses et cela forme un tout.

Bienvenue

Bienvenue sur ce blog dédié à l’autisme 🙂 Une précision : il ne sera pas question de types d’autisme, ce découpage artificiel résultant de statistiques et autres recherches se basant sur des données « toutes choses étant égales par ailleurs », ce qui dans la réalité se traduit par des clivages tant entre les parents d’enfants autistes […]

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Bienvenue sur ce blog dédié à l’autisme 🙂

Vous trouverez ici une vision de l’autisme vu de l’intérieur avec des réflexions sur les problématiques liées à l’autisme.

Dans ce blog, il ne sera pas question de types d’autisme, ce découpage artificiel résultant de statistiques et autres recherches se basant sur des données brutes, recoupant certaines caractéristiques, ce qui dans la réalité se traduit par des clivages tant entre les parents d’enfants autistes qu’entre autistes. Il n’y a pas de condition autistique meilleure qu’une autre: tout dépend du suivi et/ou l’effort personnel fourni par la personne autiste. Et cela ne peut pas être forcé. Ceci étant dit, une rubrique dédiée aux typologies de l’autisme vise à retracer les caractéristiques pour une meilleure compréhension de l’autisme mais sans utiliser les notions d’autisme de « haut niveau », ou de « bas niveau », qui est discriminatoire et dans le premier cas donne une vision élitiste de l’autisme et dans l’autre est discriminatoire. Ceci ne peut que déboucher sur des conflits qui nuisent toute personne autiste.

Par ailleurs, une limitation posée comme « autiste lourd » ferait croire aux parents d’enfants autistes qu’ils ne peuvent rien faire. C’est ainsi que le suivi serait délaissé, alors que la personne autiste qui en a besoin pourrait trouver une adaptation optimale. Cela ne représente pas tant de gros moyens que d’une compréhension du fonctionnement autistique. D’ailleurs, il est parfois question de soucis de motricité fine, où des simples exercices peuvent apporter une amélioration, de même que la pratique d’un sport (ce qui joint l’utile à l’agréable).

De même, je rejette toute notion d’autisme « lourd » ou « sévère ». Rien n’est plus sévère et néfaste que le regard des autres et la condamnation de l’Etat par le refus de scolarisation ou l’enfermement.

Je suis loin donc des notions d’ « Autisme Asperger », une grande déformation des travaux de Hans Asperger, (sa thèse soutenue en 1943 et publiée sous forme d’article en 1944 et parvenue très tardivement en France mais comme il faut déjà connaître le sujet, sa lecture requiert déjà avoir des connaissances en autisme). La dénaturation (du moins en partie et cela ne partait pas d’un mauvais sentiment, mais d’une interprétation sélective) de ces recherches est apparue en même temps que leur feinte mise en lumière. Comptant peut-être sur le fait que personne n’ira lire le texte original au titre alléchant pour les psychanalystes, car publié sous l’appellation de « psychopathie autistique ». La lecture de la thèse de Hans Asperger requiert donc une certaine expertise que le grand public n’ont pas en général. Mais si on met en perspective ce qu’on sait aujourd’hui, Hans Asperger avait presque tout dit, à sa façon. Ce qu’il avait compris c’était que l’autisme est une condition (génétique) qui ne peut pas être modifiée, mais qu’avec de l’aide plus ou moins présente selon les cas, tout autiste ou presque peut être intégré avec succès dans la société et même dans des activités professionnelles où il y a besoin d’une expertise que seul un autiste possède. En effet, les personnes autistes ont, de tous temps, apporté beaucoup à la société. Mais ce n’est qu’en cette époque que la normalisation traque les personnes différentes là où avant elles pouvaient passer inaperçues, ou du moins faire leur vie plus paisiblement. C’est bien grâce, justement à l’intériorisation des autistes et de leur intérêts spécifiques qu’ils peuvent se centrer sur un domaine particulier en apportant leurs compétences. C’est pourquoi viser à tout prix la sociabilisation des autistes me semble une optique nuisible, j’ose le dire. Nuisible pour les autistes et pour la société qui ainsi perd ce qu’ils ont à donner qui se situe souvent en dehors des questions relationnelles. Ce qui ne signifie pas que les personnes autistes ne veulent pas communiquer avec les autres. Encore une idée reçue… La grande solitude vécue par les autistes vient avant tout du rejet des autres envers eux et pas l’inverse.

Je souhaite qu’un jour on n’ait plus à cacher notre autisme et que les traits autistiques soient plus tolérés. Pourquoi, par exemple, regarder de travers un adorable enfant qui fait du « flapping »? C’est sa façon à lui de sourire, car c’est un moyen d’expression. Il n’est pas bizarre, il est différent.

 

Pensée Autistique


 

 

Lettre aux Aspinets

Par Kristian Schott, Président de l’Association SpecTr.A, Consultant autiste de haut niveau.

 

Un chien a 4 pattes, mais ce qui a 4 pattes n’est pas forcément un chien.

Nombre d’angoissés de la vie s’interrogent sur la raison de ce qu’ils ressentent. Certains d’entre eux rencontrent fortuitement ou après de nombreuses recherches le Syndrome d’Asperger.

Mais pour nombre d’entre ceux-là, c’est l’effet horoscope, chacun avec une bonne capacité suggestive peut s’y retrouver, s’y reconnaître.

Ce sont ceux là, qui viennent nous dire qu’ils souffrent d’autisme.

L’Autisme n’est pas une souffrance. Ce n’est pas un état d’angoisse, ne génère pas d’angoisse.

Ces gens font l’erreur de Bettelheim qui « imposa une conception psychanalytique issue de son expérience des camps de Dachau et de Buchenwald. Il compara le repli autistique de l’enfant à celui de certains déportés, plongés dans l’environnement hostile du camp de concentration : « Dans les camps de concentration allemands, je fus le témoin incrédule de la non-réaction de certains prisonniers aux expériences les plus cruelles. Je ne savais pas alors, et ne l’aurais pas cru, que j’observerais, chez des enfants, dans l’environnement thérapeutique le plus favorable, un semblable comportement engendré par ce que ces enfants avaient vécu dans le passé. » »

Et nombres de médecins sont influencés par cette mouvance et si ces personnes angoissées consultent ces médecins d’obédience psychanalytique, elles recevront ce diagnostique tant désiré, convoité, d’être angoissés au point de manifester du mutisme, des replis dits « autistiques » etc…

En réalité, si l’on s’en réfère aux manuels diagnostics DSM5, CIM10, l’autisme ce n’est pas du repli, ni de l’angoisse. Il est décrit selon deux axes :

– troubles qualitatifs, de la communication et de l’interaction interpersonnelle

– intérêts restreints, répétitifs et stéréotypies.

L’autisme infantile apparaît dès la naissance, le syndrome d’asperger se manifeste aux alentours de 3 ans.

D’ailleurs ces personnes qui ont fait toutes leurs recherches, écumé les forums « Aspinet » (aspi du net) sont en demande de beaucoup d’attention, en demande de beaucoup d’empathie de la part des autres, se plaignent et se victimisent sans cesse, n’ont aucun centre d’intérêt spécifique dans lequel, même avec un QI moyen ou inférieur à la moyenne, n’importe quel autiste finit par exceller à force de ne faire que ça.

Ces personnes se targuent d’un haut potentiel, ou aimeraient en avoir la reconnaissance.

Ces personnes se cherchent un groupe social, un collectif, et quoi de mieux que fb pour se retrouver entre soi ? Comme un club de motards virtuel…

Ces personnes qui ne passent pas par les C.R.A. qui se satisfont de prédiag. genre Aspiquizz, du psychologue du coin, d’un seul psychiatre, ne se rendent pas compte du tort qu’elles nous font en se déversant ainsi de leurs angoisses et petits malheurs, car elles contribuent à maintenir l’Autisme dans la catégorisation trouble de la personnalité, personnalité angoissée, dépressive.

Alors que des autistes ont une vie, des passions, peuvent diriger des gens, être créatifs, déplacer des montagnes, sans avoir un QI exceptionnel.

Je vous demande de réfléchir, de ne pas penser qu’à vous-mêmes, pour une fois, de vous sortir de votre égocentrisme du quotidien et de vous interroger en vous demandant comment au mieux ne pas nous gêner dans notre cause, ce que nous défendons, et bien sûr vous êtes bienvenu(e)s à nous aider dans notre combat pour une société plus inclusive et la désinstitutionnalisation des personnes en situation de handicap.

Alors au lieu de rester derrière vos écrans, venez nous rencontrer dans la vie réelle, dans les institutions notamment, vous y verrez des autistes, très loin de ce que vous aimeriez être vous-mêmes.

Et pour vous dire, en proportion dans le petit monde du T.S.A., le nombre réel d’Asperger est anecdotique, à tel point que ce diagnostic, cette catégorisation « Syndrome d’Asperger » a déjà disparu du DCM5, et bientôt disparaitra du manuel diagnostic international, vous n’aurez alors donc plus de reconnaissance ? D’identité ?

Donc personnellement je ne lis pas les « c’est comme moi », les « moi aussi » ou encore « c’est tout moi ». On est tous unique. Je ne me retrouve pas en vous. Vous ne vous retrouverez pas en moi.

Laurent Mottron - synthèse par Kristian Schott